Jappeloup mesurait 1,58 m au garrot, venait d’un croisement dont personne n’attendait rien, et il a été champion olympique de saut d’obstacles à Séoul en 1988 avec Pierre Durand. Voici son histoire vraie, de sa naissance en Gironde à sa tombe, avec les dates et les titres qui comptent.
Jappeloup en bref
| Naissance | 12 mars 1975, à Saint-Savin (Gironde), chez l’éleveur Henry Delage |
|---|---|
| Origines | père Tyrol II, trotteur français ; mère Vénérable, jument pur-sang |
| Race enregistrée | Selle français |
| Taille et poids | 1,58 m, environ 470 kg |
| Robe | bai brun foncé, hongre |
| Cavalier | Pierre Durand, à partir de 1981 |
| Mort | 5 novembre 1991, à 16 ans, d’un arrêt cardiaque |
Un cheval de trotteur et de pur-sang
Jappeloup naît dans la ferme équestre d’Henry Delage, à Saint-Savin, en Gironde. Son père, Tyrol II, est un trotteur français peu connu. Sa mère, Vénérable, est une vieille jument de course pur-sang. Ce croisement a si mauvaise réputation qu’on le qualifie parfois d’« accident de pâture ». L’éleveur affirme au contraire qu’il l’a voulu, pour associer le sang du pur-sang à la puissance de l’arrière-main du trotteur.
Henry Delage le destine d’abord aux courses d’obstacles. Une jeune cavalière, Françoise Terrier-Thuault, le monte pendant deux ans et convainc l’éleveur de le garder pour le saut d’obstacles.
« Trop petit » : le refus de Pierre Durand
Quand Henry Delage présente Jappeloup, âgé de quatre ans, à Pierre Durand, le cavalier refuse même de l’essayer. Il le trouve trop petit pour une carrière internationale. Un an plus tard, il le voit sauter et change d’avis. Le cheval a mauvais caractère et désobéit, mais il saute d’une façon hors du commun. Durand l’acquiert en 1981.
Un sponsor, la maison De Luze, s’associe au couple. Le cheval concourt alors sous le nom de Jappeloup de Luze.
Son cavalier le décrit sans complaisance : pas beau, dégingandé, avec la démarche chaloupée des trotteurs. Tout change quand on est en selle. Jappeloup respecte les barres et fait tout pour ne pas les toucher. Selon le livre de Pierre Durand, ce respect vient d’une peur des obstacles.
Los Angeles 1984 : la chute devant le monde entier
Aux Jeux olympiques de Los Angeles, pendant l’épreuve par équipes, Jappeloup, neuf ans, refuse un obstacle. Pierre Durand passe par-dessus et tombe de l’autre côté. Il garde les rênes et la bride dans les mains, et le cheval part seul vers les écuries, filmé par les télévisions du monde entier.
Le cavalier essuie de nombreuses critiques. Il garde son cheval et reprend l’entraînement.
Séoul 1988 : la médaille d’or
Entre ces deux Jeux, le couple accumule les titres. Le palmarès principal :
- 1982 : champion de France senior à Fontainebleau ;
- 1986 : de nouveau champion de France, bronze par équipes aux championnats du monde ;
- 1987 : champion d’Europe en individuel à Saint-Gall, argent par équipes ;
- 1988 : champion olympique en individuel à Séoul, bronze par équipes ;
- 1990 : champion du monde par équipes à Stockholm.
À Séoul, après son parcours sans faute, Pierre Durand accroche la médaille d’or sur la bride de son cheval, devant les caméras. Jappeloup est ensuite reçu comme invité d’honneur sur le plateau du journal télévisé d’Yves Mourousi.
Sa grande rivalité l’oppose à Milton, le cheval gris du cavalier britannique John Whitaker. En 1997, le magazine L’Année hippique, après un vote de 37 experts, classe Jappeloup deuxième meilleur cheval de saut d’obstacles depuis la Seconde Guerre mondiale.
La retraite et la fin
En 1990, aux premiers Jeux équestres mondiaux, en Suède, Jappeloup fait un malaise après les épreuves par équipes. Pierre Durand décide de l’arrêter. En septembre 1991, un jubilé réunit les 25 meilleurs cavaliers du moment au Champ-de-Mars, au pied de la tour Eiffel, pour lui dire au revoir.
Deux mois plus tard, le 5 novembre 1991, Jappeloup meurt d’un arrêt cardiaque. Il a 16 ans. Il est enterré à Saint-Seurin-sur-l’Isle, en Gironde, où sa tombe reçoit encore des visiteurs. Une statue grandeur nature, œuvre du sculpteur Gabriël Sterk, se dresse dans le parc du Musée olympique de Lausanne.
Le film de 2013
L’histoire est portée au cinéma en 2013 par le réalisateur Christian Duguay. Guillaume Canet signe le scénario et joue Pierre Durand. Le tournage commence en septembre 2011, plusieurs chevaux se relaient pour incarner Jappeloup, et le film sort le 13 mars 2013. Un premier documentaire, de Christian Chevreuse, datait de 1993. Retrouve la fiche du film sur horsestories.fr pour le casting et le synopsis.
Garde en tête qu’un film adapte. Pour les faits, fie-toi au palmarès et aux dates ci-dessus.
Ce que l’histoire de Jappeloup apprend aux cavaliers
- La taille ne fait pas le sauteur. 1,58 m, c’est petit pour le saut d’obstacles de haut niveau. Le coup de saut et le respect des barres ont pesé plus lourd.
- Les origines ne disent pas tout. Un trotteur et une vieille jument de course ont donné un champion olympique de saut d’obstacles.
- Le pré fait partie de l’entraînement. Même en pleine saison, Jappeloup passait au moins deux heures par jour au pré pour se détendre, selon le livre de Pierre Durand et Michel Fradet (2012).
- Un échec public ne condamne pas un couple. Entre la chute de Los Angeles et l’or de Séoul, il y a quatre ans de travail.
Jappeloup était enregistré comme Selle français : tu trouves l’histoire de cette race sur notre page consacrée au Selle français. Pour une autre histoire vraie de champion, lis celle de Secretariat.
Source principale : article « Jappeloup » de l’encyclopédie Wikipédia, qui s’appuie sur les données des Haras nationaux (SIRE), sur le livre de Pierre Durand et Michel Fradet, Jappeloup (Michel Lafon, 2012) et sur la presse de l’époque.