Hans le Malin : l’histoire vraie du cheval qui savait compter

Au début du XXe siècle, à Berlin, un cheval répond à des calculs en tapant du sabot. Il additionne, donne l’heure, reconnaît des mots. Des milliers de curieux viennent le voir. Il s’appelle Hans, on le surnomme Hans le Malin, et il ne sait pas compter. Ce qu’il sait faire est plus étonnant : lire des mouvements que son maître ignore faire. Voici l’histoire vraie, d’après le rapport du psychologue qui a résolu l’énigme.

Un professeur, un trotteur et une cour de Berlin

Le propriétaire de Hans s’appelle Wilhelm von Osten. C’est un ancien professeur de mathématiques de lycée, cavalier et chasseur. Il est convaincu que les animaux raisonnent et il a passé des années à instruire son cheval, un trotteur russe, avec du pain et des carottes en récompense.

Chaque jour vers midi, il donne une démonstration dans une cour pavée du nord de Berlin. L’entrée est gratuite. On pose une question en allemand, Hans tape la réponse du pied droit. Il hoche la tête quand il a compris la question, il la secoue quand il ne l’a pas comprise. Il répond aussi aux questions posées par des inconnus, un peu moins bien qu’à celles de son maître.

La presse s’en empare en 1904. Tout Berlin se pose la même question : ce cheval pense, ou il y a un truc.

Une commission de 13 personnes ne trouve aucun truc

En septembre 1904, une commission de treize personnes observe Hans. Parmi elles : Paul Busch, directeur de cirque, le directeur du jardin zoologique de Berlin, des officiers en retraite, un assistant de l’École vétérinaire royale, un instituteur et le professeur Carl Stumpf, directeur de l’Institut de psychologie de Berlin. Son rapport, signé le 12 septembre 1904, exclut tout signal volontaire, et même les signaux involontaires connus à l’époque.

La commission ne dit pas que Hans pense. Elle écrit que le cas mérite une enquête sérieuse. Beaucoup de journaux lisent pourtant le rapport comme une validation. Stumpf confie alors l’enquête à l’un de ses collaborateurs, Oskar Pfungst.

L’expérience qui a tout changé

Pfungst a une idée simple à formuler. Il compare deux situations :

  • « avec savoir » : la personne qui interroge Hans connaît la réponse ;
  • « sans savoir » : personne dans la cour ne connaît la réponse.

Pour le test des chiffres, on montre à Hans des cartes numérotées que les humains présents ne voient pas. Les résultats, publiés par Pfungst :

Test Avec savoir Sans savoir
Lire un chiffre sur une carte (91 essais) 98 % de bonnes réponses 8 %
Trouver un mot écrit sur une pancarte (26 essais) 100 % 0 %
Ensemble des séries 90 à 100 % 10 % au plus

Le verdict est net. Hans répond bien quand l’humain en face sait. Il échoue quand l’humain ignore. Pfungst teste aussi de grandes œillères. Quand Hans voit son questionneur, 89 % de ses réponses sont bonnes. Quand il ne le voit plus, il tombe à 6 %.

Le signal que personne ne voyait

En observant von Osten, Pfungst trouve le mécanisme. Quand le questionneur pose sa question, il penche la tête et le buste en avant, sans s’en rendre compte. Hans commence à taper. Quand le bon nombre est atteint, le questionneur fait un petit mouvement de tête vers le haut. Hans s’arrête.

Ces mouvements sont minuscules. Von Osten ne les faisait pas exprès. Les membres de la commission ne les avaient pas vus. Hans, lui, les lisait à chaque fois.

Pfungst pousse l’expérience plus loin. Au laboratoire, il joue lui-même le rôle du cheval : il tape de la main pendant que des volontaires pensent à un nombre. Il teste ainsi 25 personnes, dont des enfants de cinq et six ans. Toutes sauf deux font le même petit mouvement de tête au moment du bon nombre, sans le savoir.

Il publie ses conclusions en 1907. La traduction anglaise, Clever Hans (The Horse of Mr. von Osten), paraît en 1911 avec une introduction de Carl Stumpf.

Pourquoi on en parle encore

Hans le Malin a donné son nom à un effet connu en psychologie : l’effet Hans le Malin. Il désigne le cas où un sujet, animal ou humain, répond aux signaux involontaires de l’expérimentateur au lieu de répondre à la question. C’est l’une des raisons pour lesquelles les chercheurs travaillent en double aveugle, avec des examinateurs qui ne connaissent pas la bonne réponse.

Hans reste pourtant un cheval hors norme. Il ne calculait pas, mais il percevait des mouvements de quelques millimètres chez des dizaines de personnes différentes. Aucun humain de la commission n’en était capable.

Ce que Hans t’apprend sur ton propre cheval

Ton cheval fait la même chose que Hans, tous les jours. Il lit ta posture, ta respiration, la direction de ton regard. Quelques applications concrètes :

  • À pied, surveille ton buste. Pencher le buste vers l’avant suffit souvent à faire avancer un cheval en longe. Te redresser l’arrête. C’est le signal de Hans.
  • Si ton cheval « anticipe », regarde-toi d’abord. Un cheval qui part au galop avant la demande a souvent perçu un changement de ton assiette ou de ton regard.
  • Pour savoir ce qu’il a appris, fais un test « sans savoir ». Demande à une autre personne de donner l’ordre verbal pendant que tu restes immobile et neutre. Si ton cheval n’obéit plus, il répondait à ton corps, pas au mot.
  • Filme une séance. Tu verras des gestes que tu ne sens pas faire, comme von Osten.

Pour aller plus loin, lis notre page sur l’éthologie équine et cet article sur la communication avec les chevaux. Et si tu aimes démêler le vrai du faux, ce test sur huit idées reçues t’attend.

Source : Oskar Pfungst, Clever Hans (The Horse of Mr. von Osten), traduction anglaise de 1911, texte intégral sur le Projet Gutenberg. Les chiffres et la description du signal sont repris de ce rapport.

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Élodie Martin

Élodie Martin est passionnée par le monde équestre et partage des articles sur les soins, l’élevage et les événements liés aux chevaux.

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