« Monter sur ses grands chevaux », « fièvre de cheval », « être à cheval sur les principes » : le cheval a donné à la langue française des expressions que l’on emploie sans y penser. Voici 14 locutions relevées dans le dictionnaire d’Émile Littré, avec leur sens et, quand il la donne, leur origine. Les exemples d’auteurs viennent du même article.
Les expressions de caractère
1. Monter sur ses grands chevaux
Le sens : prendre les choses de haut, avec résolution, et s’emporter. L’origine, selon Littré : en route, les chevaliers montaient de petits chevaux. Ils ne montaient sur leurs grands chevaux que pour combattre. Mme de Sévigné écrit « Je vous vois montée sur vos grands chevaux », et Molière fait dire à un personnage de Sganarelle : « Dessus ses grands chevaux est monté mon courage ». Au XVIe siècle déjà, Montaigne voit Caton « tousjours monté sur ses grands chevaulx ».
2. Son cheval de bataille
L’argument sur lequel quelqu’un s’appuie toujours, l’idée à laquelle il tient. Littré cite Hamilton : « La cérémonie est le cheval de bataille de la noblesse campagnarde ».
3. Être à cheval sur quelque chose
N’en pas démordre, y revenir sans cesse. Le sens militaire est plus ancien : une armée est « à cheval sur un fleuve » quand elle tient les deux rives. Au sens propre, être à cheval sur un mur, c’est être à califourchon, une jambe de chaque côté.
4. C’est un cheval échappé
Un jeune homme qui n’écoute ni autorité ni conseil. Voltaire l’emploie dans une lettre de 1767.
5. Un vrai cheval à la besogne
Un grand travailleur, dur à la peine. C’est l’ancêtre de notre « travailler comme un cheval ». Littré en donne un exemple chez Voltaire.
Les expressions de force
6. Une fièvre de cheval
Une fièvre violente. L’image vient de la force de l’animal : tout ce qui est « de cheval » est démesuré.
7. Une médecine de cheval
Un médicament fort. Littré écrit « médecine de cheval ». Le principe est le même que pour la fièvre.
8. Le cheval-vapeur
Une unité de puissance des machines à vapeur. Littré la définit comme la force capable d’élever un poids de 75 kilogrammes à un mètre de hauteur en une seconde. C’est toujours la définition du cheval métrique.
Les expressions d’action
9. Chercher quelqu’un à pied et à cheval
Faire toutes les démarches possibles pour le trouver. L’expression vient des enseignes d’auberge : un hôtelier qui « loge à pied et à cheval » accueille les voyageurs et leurs montures.
10. Brider son cheval par la queue
S’y prendre à contre-sens dans une affaire. L’image parle d’elle-même à tout cavalier.
11. Être mal à cheval
Être mal dans ses affaires.
Les expressions qui ne parlent plus de chevaux
12. Le cheval de Troie
Le cheval de bois rempli de guerriers qui permit aux Grecs de prendre Troie. Le récit vient de l’Odyssée et de l’Énéide, pas de l’Iliade : notre vrai ou faux sur les légendes fait le point.
13. Le cheval de frise
Une grosse poutre traversée de pieux pointus, posée pour barrer un passage. Selon Littré, l’engin doit son nom à la Frise, la région où on l’a d’abord employé.
14. Le cheval de retour
Dans l’argot des prisons, un criminel qui récidive et revient toujours au bagne ou en prison. Littré en relève un emploi dans un feuilleton de 1876.
En bonus : les expressions du manège
Littré relève aussi des termes d’équitation que les cavaliers employaient au quotidien. Certains parlent encore à ceux qui montent :
- Un homme de cheval : un cavalier. Saint-Simon dit d’un écuyer de la grande écurie qu’il était « le premier homme de cheval de son siècle ».
- Mettre quelqu’un à cheval : lui apprendre l’équitation. On dit d’un écuyer qu’il a « mis à cheval » tel jeune cavalier.
- Un cheval dans la main : un cheval dont l’encolure, la tête et le corps sont en parfait équilibre.
- Un cheval de deux cœurs : un cheval qui ne se manie que par la contrainte.
- Un cheval entier à une main : un cheval qui refuse de tourner d’un côté. Tout cavalier a connu ce cheval qui tourne bien à gauche et mal à droite.
- Un cheval de pas : un cheval qui marche un grand pas, à l’aise.
- Le cheval de bois : la figure de bois sur laquelle on apprenait à voltiger. Littré signale un autre sens, plus dur : une pièce de bois en arête où l’on asseyait un soldat puni.
Un jeu d’enfants oublié
Littré signale aussi le « cheval fondu », un jeu où l’un saute par-dessus l’autre, qui se tient plié en avant. Le principe ressemble au saute-mouton.
Comment bien employer ces expressions
- Écris « monter sur ses grands chevaux », au pluriel : il s’agit des chevaux de bataille des chevaliers.
- « Être à cheval sur » s’emploie avec un nom : à cheval sur les horaires, sur la politesse, sur le règlement.
- « Cheval de bataille » désigne un sujet favori, pas un adversaire.
- « Cheval de retour » reste péjoratif : évite-le pour parler d’une personne de ton entourage.
Les expressions ne sont pas des proverbes. Un proverbe donne une leçon complète, comme « À cheval donné on ne regarde point à la bouche ». Pour ceux-là, lis notre sélection de 15 proverbes sur le cheval. Et pour des phrases signées, va voir nos citations d’écrivains.
Source : Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, article « cheval ».