Sergent Reckless : l’histoire vraie de la jument décorée de la guerre de Corée

En octobre 1952, des Marines américains achètent une petite jument à Séoul pour 250 dollars. Cinq mois plus tard, sous le feu, elle porte seule des obus vers les lignes, 51 fois dans la même journée. On l’appelle Reckless. Elle finira sergent-chef du Corps des Marines des États-Unis, avec deux Purple Hearts. Voici son histoire vraie.

Une jument achetée pour payer une prothèse

Reckless naît vers 1948. Elle est alezane, avec une liste en tête et trois balzanes. Son origine est surtout mongole. Elle mesure environ 142 cm et pèse environ 410 kg. Son premier propriétaire est un jeune palefrenier coréen. Il l’appelle « Ah Chim Hae », ce qui se traduit par « soleil du matin ».

Le 26 octobre 1952, le lieutenant Eric Pedersen l’achète avec son propre argent. Le garçon accepte de la vendre parce qu’il a besoin de 250 dollars : sa sœur a sauté sur une mine et il veut lui acheter une jambe artificielle.

Pedersen commande une section de canons sans recul du 5e régiment de Marines. Ces canons tirent des obus de 24 livres, environ 11 kg, et le terrain est montagneux. Il lui faut un animal de bât. Les Marines baptisent la jument Reckless, contraction de « recoilless », le nom de leur canon, et clin d’œil à leur réputation de casse-cou.

Un « camp d’entraînement » pour un cheval

Le sergent Joseph Latham devient son entraîneur. Il lui apprend à ne pas se prendre dans les barbelés, à se coucher sous le feu et à courir vers un abri quand quelqu’un crie « incoming ». Les soldats appellent ça son « hoof camp », son camp d’entraînement des sabots.

Au premier tir du canon, Reckless bondit des quatre pieds. Au deuxième, elle se contente de souffler. Le soir même, on la voit essayer de manger une doublure de casque. Il lui suffit ensuite de parcourir un trajet quelques fois en main pour le refaire seule.

Reckless vit au milieu des hommes. Elle entre sous les tentes et s’allonge près du poêle les nuits froides. Elle mange des œufs brouillés, des tartines beurrées, du chocolat, boit du Coca-Cola. Le médecin de la section limite le Coca à deux bouteilles par jour. Un soir, elle avale pour 30 dollars de jetons de poker gagnés par Latham.

Outpost Vegas : 51 voyages en une journée

Fin mars 1953, la bataille d’Outpost Vegas dure trois jours, du 26 au 28 mars. Pendant l’une de ces journées, Reckless fait 51 voyages seule entre le dépôt de munitions et les positions de tir. Le bilan de cette journée :

  • 386 obus portés, soit plus de 9 000 livres, environ 4 tonnes ;
  • 4 à 8 obus par voyage ;
  • plus de 35 miles parcourus, environ 56 km.

Selon la PDSA, l’association britannique qui lui a remis sa médaille, elle redescend aussi des blessés vers l’arrière. Elle est blessée deux fois : un éclat au-dessus de l’œil gauche, un autre au flanc gauche. Elle reprend sa route les deux fois. Après la bataille, elle est nommée caporal.

Sergent, puis sergent-chef

  • 10 avril 1954 : le général Randolph Pate la nomme sergent lors d’une cérémonie officielle, quelques mois après la fin de la guerre.
  • 10 novembre 1954 : elle débarque à San Francisco, le jour anniversaire de la création du Corps des Marines. Le soir, au bal des Marines, elle mange le gâteau et les fleurs de décoration.
  • 31 août 1959 : promue sergent-chef à Camp Pendleton, en Californie, devant un défilé de 1 700 Marines de son ancienne unité.
  • 10 novembre 1960 : elle prend sa retraite avec les honneurs militaires. Les documents des Marines prévoient un logement et du fourrage à vie, à la place d’une pension.

Ses décorations comprennent deux Purple Hearts, la médaille de bonne conduite du Corps des Marines et plusieurs citations d’unité. Elle les porte sur sa couverture.

À Camp Pendleton, elle a quatre poulains : Fearless en 1957, Dauntless en 1959, Chesty en 1964, et une pouliche qui ne vit qu’un mois. Elle meurt le 13 mai 1968, vers l’âge de 20 ans.

Une mémoire toujours vivante

  • En 1997, le magazine LIFE la classe parmi les 100 héros de l’histoire américaine.
  • Le 26 juillet 2013, une statue est inaugurée au National Museum of the Marine Corps, en Virginie. Une mèche de ses crins est placée dans le socle.
  • Le 28 juillet 2016, la PDSA lui décerne à titre posthume la Dickin Medal, qu’on présente comme l’équivalent animal de la Victoria Cross. Elle est le 5e équidé à la recevoir. Sa biographe, Robin Hutton, l’avait proposée avec le soutien du Corps des Marines.

Ce que son histoire dit du cheval

L’histoire de Reckless montre deux capacités que tout cavalier observe à petite échelle :

  • L’habituation : un cheval qui sursaute au premier bruit finit par s’y faire si on l’expose pas à pas, au calme. Reckless est passée de la panique à l’indifférence en deux tirs.
  • La mémoire des trajets : quelques passages en main lui suffisaient pour refaire un chemin seule. C’est la même mémoire qui fait qu’un cheval de club connaît par cœur le tour de la carrière.

D’autres chevaux réels ont marqué l’histoire. Lis l’histoire de Jappeloup, le petit cheval devenu champion olympique, ou celle de Hans le Malin, qui lisait les gestes des humains. Et pour démêler le vrai du faux sur d’autres chevaux célèbres, comme Marengo, essaie ce vrai ou faux.

Source : PDSA, « Sergeant Reckless, PDSA Dickin Medal 68 » ; les dates, chiffres et noms viennent aussi de l’article « Sergeant Reckless » de Wikipédia en anglais.

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Élodie Martin

Élodie Martin est passionnée par le monde équestre et partage des articles sur les soins, l’élevage et les événements liés aux chevaux.

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