Le cheval a laissé des dizaines de proverbes dans la langue française. Beaucoup parlent d’autre chose que de chevaux : de prudence, d’âge, de cadeaux ou de la façon de mener ses affaires. Voici 15 proverbes relevés dans le dictionnaire d’Émile Littré, avec le sens qu’il leur donne. Quand Littré ne donne pas d’explication, nous le disons.
Sur les cadeaux et les bonnes affaires
- « À cheval donné on ne regarde point à la bouche. » Un don est toujours bienvenu. Littré donne aussi la variante « à la bride ». Regarder la bouche d’un cheval, c’est regarder ses dents, qui renseignent sur son âge : notre vrai ou faux sur les idées reçues fait le point sur cette méthode.
- « Changer son cheval borgne contre un aveugle. » Échanger une chose mauvaise contre une autre, plus mauvaise encore.
- « Les chevaux courent les bénéfices, et les ânes les attrapent. » Les récompenses ne vont pas à ceux qui les méritent. Le cheval fait la course, l’âne ramasse le prix.
Sur la prudence
- « Fermer l’écurie quand les chevaux sont dehors. » Prendre des précautions quand le mal est déjà arrivé. Littré en cite une forme du XVe siècle, tirée du roman de Perceforest : celui « qui ferme l’estable quant on lui a emblé son cheval », c’est-à-dire quand on le lui a volé.
- « Il fait toujours bon tenir son cheval par la bride. » Il vaut mieux rester maître de ses affaires et de son bien.
- « Il est bien aisé d’aller à pied quand on tient son cheval par la bride. » On supporte volontiers une petite gêne quand on a le moyen de s’en libérer à tout moment.
- « À un cheval hargneux, il lui faut une étable à part. » Mieux vaut se tenir loin des gens querelleurs et difficiles.
Sur l’âge et l’expérience
- « Il n’est si bon cheval qui ne devienne rosse. » L’âge affaiblit les corps et les esprits les plus vigoureux. Littré signale aussi la forme inverse : « jamais bon cheval ne devint rosse ».
- « À jeune cheval vieux cavalier. » Pour mener un jeune cheval, il faut un cavalier expérimenté. Au sens figuré : pour diriger des débutants, il faut quelqu’un qui a de la bouteille. Tout moniteur te le confirmera au manège.
- « L’âge n’est que pour les chevaux. » On ne demande pas leur âge aux personnes. Littré en donne un exemple tiré d’une comédie de Hauteroche : « Laissons l’âge à part ; aussi bien, comme on dit, il n’est que pour les chevaux ».
Sur l’erreur et la fermeté
- « Il n’est si bon cheval qui ne bronche. » Le plus sage et le plus habile commettent eux aussi des fautes. Broncher, pour un cheval, c’est trébucher. Une forme ancienne, relevée par Littré chez Cotgrave, dit la même chose : « Il n’y a cheval si bien ferré qui ne glisse ».
- « À méchant cheval bon éperon. » Les affaires difficiles demandent de la fermeté.
- « L’œil du maître engraisse le cheval. » Il faut surveiller ses affaires soi-même. Un cheval dont le propriétaire passe à l’écurie est mieux nourri.
Sur le courage et le travail
- « Après bon vin, bon cheval. » Quand on a un peu bu, on se sent plus hardi.
- « Cheval de foin, cheval de rien ; cheval d’avoine, cheval de peine. » Littré cite ce proverbe sans l’expliquer. Il oppose un cheval nourri au foin à un cheval nourri à l’avoine, capable d’un travail dur.
Des proverbes plus anciens
Dans la partie historique de son article, Littré recopie des proverbes du XVIe siècle, d’après le recueil de Leroux de Lincy. Leur orthographe a vieilli, leur sens se lit encore :
- « Un bon cheval fait les lieues courtes » : avec une bonne monture, la route paraît moins longue ;
- « Bride et esperon font le cheval bon » ;
- « À nouveau cheval, nouvelle selle » ;
- « Bien merite d’aller à pied qui n’a soin de son cheval ».
Le dernier reste un bon conseil d’écurie : un cheval mal soigné finit par ne plus pouvoir travailler.
Littré en recopie d’autres, sans les expliquer. Leur sens se devine, et nous te donnons notre lecture :
- « Il fait comme les bons chevaux, il s’eschauffe en mangeant » : il prend de l’élan en avançant dans sa tâche ;
- « Aux chevaux maigres va la mouche » : les malheurs tombent sur les plus faibles ;
- « Il ne faut pas lier les asnes avec les chevaux » : on ne mélange pas des gens qui ne vont pas ensemble ;
- « On doit estre maistre de son cheval, compagnon de son chien et valet de son oiseau », relevé chez Favin : chaque animal demande une relation différente, l’autorité pour le cheval, la complicité pour le chien, le service pour l’oiseau de chasse.
Le dernier parle directement aux cavaliers. Être maître de son cheval ne veut pas dire le brusquer : c’est lui donner un cadre clair.
Comment utiliser ces proverbes
- Pour une carte ou un message : « À cheval donné on ne regarde point à la bouche » remercie avec humour pour un cadeau.
- Pour une légende de photo : « Un bon cheval fait les lieues courtes » accompagne une photo de randonnée.
- Pour un discours de club : « À jeune cheval vieux cavalier » rend hommage aux enseignants et aux bénévoles.
- Cite la forme exacte : « à la bouche » ou « à la bride », « rosse » et non « carne ». Les variantes modernes circulent, mais la forme du dictionnaire fait foi.
Les proverbes sont anonymes. Si tu cherches des phrases signées, avec leur auteur et leur source, lis nos citations d’écrivains sur le cheval et les citations de grands cavaliers.
Source : Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, article « cheval », sections « Proverbes » et historique.