Comanche, le cheval de Little Bighorn : l’histoire vraie d’un survivant

Le 27 juin 1876, deux jours après la bataille de Little Bighorn, des soldats américains trouvent un cheval gravement blessé près du champ de bataille. Il s’appelle Comanche. Il deviendra le cheval le plus célèbre de l’armée des États-Unis, et on le présentera longtemps comme le seul survivant de la bataille. La légende n’est pas tout à fait exacte. Voici son histoire vraie, et ce qu’elle raconte aujourd’hui.

Un cheval de l’armée, nommé après une blessure

L’armée américaine achète ce cheval en 1868 à Saint-Louis, dans le Missouri, puis l’envoie à Fort Leavenworth, au Kansas. Son âge et ses origines sont inconnus. C’est un hongre d’environ 152 cm, à la robe baie ou isabelle selon les témoignages. Le capitaine Myles Keogh, du 7e régiment de cavalerie, l’achète pour en faire sa monture de combat.

La même année, au Kansas, le cheval reçoit une flèche dans l’arrière-main pendant un combat contre les Comanches. Il continue de porter Keogh. Le capitaine lui donne alors le nom de Comanche.

25 juin 1876 : la bataille de Little Bighorn

Le musée de l’université du Kansas, qui conserve Comanche, rappelle le contexte. En 1868, le traité de Fort Laramie réserve aux peuples des plaines un vaste territoire, les Black Hills compris. En 1874, de l’or y est découvert pendant une expédition menée par le lieutenant-colonel George A. Custer. Des milliers de prospecteurs envahissent la réserve. Quand les Sioux, les Cheyennes et les Arapahos protestent et quittent la réserve, l’armée est envoyée pour les y ramener.

Le 25 juin 1876, au bord de la Little Bighorn, dans l’actuel Montana, Custer et cinq compagnies du 7e de cavalerie attaquent un grand campement. Ils sont submergés. Custer et environ 200 soldats sont tués, Keogh parmi eux. Les Amérindiens gagnent la bataille. Le musée le rappelle aussi : ils finiront par perdre leurs terres.

Retrouvé, soigné, protégé par un ordre militaire

Comanche est retrouvé deux jours plus tard, gravement blessé, puis transporté à Fort Lincoln où on le soigne pendant une longue convalescence. Son gardien, le maréchal-ferrant John Rivers, décrit sept cicatrices de balles à un journaliste du Bismarck Tribune en 1878 : quatre derrière l’épaule, une dans un sabot, une sur chaque postérieur.

Le 10 avril 1878, le colonel Samuel D. Sturgis signe l’ordre général n° 7 du 7e de cavalerie. Il prévoit trois choses :

  • une écurie spéciale et confortable pour Comanche ;
  • personne ne le montera plus, en aucune circonstance, et il ne travaillera plus ;
  • lors des cérémonies, il défilera sellé, bridé, drapé de noir et mené en main par un cavalier de la compagnie I, celle de Keogh.

Une retraite de quinze ans

Comanche suit le régiment à Fort Meade en 1879, puis à Fort Riley, au Kansas, en 1887. Il y devient une sorte de mascotte, mène parfois les défilés et prend goût à la bière. Il meurt de coliques le 7 novembre 1891. On lui donne des funérailles militaires avec tous les honneurs. Seuls quatre chevaux de l’histoire américaine ont reçu cet hommage, dont la jument Sergent Reckless, héroïne de la guerre de Corée.

Le seul survivant : une légende à nuancer

On répète souvent que Comanche fut le seul survivant de Little Bighorn. C’est faux. D’autres chevaux du 7e de cavalerie ont survécu. L’historien Evan S. Connell en estime le nombre à plus d’une centaine, et il mentionne même un bouledogue jaune. En meilleur état, ils ont été emmenés par les vainqueurs. Connell conclut pourtant que, d’une certaine façon, la légende dit vrai : les autres chevaux ont disparu de l’histoire, Comanche est resté. Le musée du Kansas parle, lui, de « l’un des rares survivants » de l’armée américaine.

Comanche aujourd’hui

  • Son corps n’a pas été enterré. Les scientifiques du musée de l’université du Kansas, L. L. Dyche et C. Saunders, l’ont naturalisé.
  • Il est exposé au 4e étage du KU Natural History Museum, à Lawrence, au Kansas.
  • Il a été restauré en 2005. Depuis, il est conservé sous une lumière faible et à température contrôlée.
  • Le musée le présente comme le symbole du conflit entre les États-Unis et les nations amérindiennes des Grandes Plaines.

Comanche à l’écran et en chanson

Sa célébrité a dépassé le monde militaire. En 1878 déjà, l’ordre du colonel Sturgis pousse un reporter du Bismarck Tribune à venir « interviewer » le cheval à Fort Abraham Lincoln : Comanche répond aux questions, écrit-il, par un mouvement de tête, un coup de sabot et un mouvement de queue. Au XXe siècle, son histoire inspire :

  • un livre de David Appel, Comanche: Story of America’s Most Heroic Horse, en 1951 ;
  • le film Tonka de Walt Disney, en 1958, tiré de ce livre, avec Sal Mineo ;
  • une chanson de Johnny Horton, Comanche (The Brave Horse), en 1961 ;
  • un film de Burt Kennedy, Comanche, en 2000, avec Kris Kristofferson.

Ce que son histoire montre

Comanche est devenu célèbre parce qu’il a survécu, pas parce qu’il a gagné quoi que ce soit. Son histoire rappelle que les chevaux de guerre subissaient des batailles qu’ils n’avaient pas choisies. C’est aussi le sens de la médaille remise en 2014 à Warrior, le cheval de 1914-1918, au nom de tous les animaux de la Grande Guerre. D’autres légendes de chevaux méritent la même vérification : essaie notre vrai ou faux sur les chevaux de l’histoire.

Source : KU Biodiversity Institute and Natural History Museum, page de l’exposition « Comanche » ; dates et détails complétés par l’article « Comanche (horse) » de Wikipédia en anglais.

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Élodie Martin

Élodie Martin est passionnée par le monde équestre et partage des articles sur les soins, l’élevage et les événements liés aux chevaux.

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