Les journaux anglais l’ont surnommé « le cheval que les Allemands n’ont pas pu tuer ». Warrior, le cheval du général Jack Seely, a passé quatre ans sur le front de l’Ouest, de 1914 à 1918. Il a survécu à la Somme, à Passchendaele, à deux incendies d’écurie, et il a mené l’une des dernières grandes charges de cavalerie de l’histoire, dans un bois de Picardie. Voici son histoire vraie.
Un pur-sang de l’île de Wight
Warrior est un pur-sang entier. Il appartient à Jack Seely, général et homme politique britannique, attaché à l’île de Wight où il passe sa jeunesse. En 1914, Seely part pour le front et Warrior l’accompagne. Le 28 janvier 1915, Seely prend le commandement de la brigade de cavalerie canadienne. Il sera le seul ancien ministre à partir au front en 1914 et à s’y trouver encore quatre ans plus tard.
Quatre ans sous le feu
D’après la PDSA, l’association britannique qui lui a remis une médaille en 2014, Warrior traverse les pires épisodes de la guerre :
- le premier jour de la bataille de la Somme ;
- la boue de Passchendaele, en Belgique ;
- deux incendies d’écurie dont il sort vivant ;
- des ensevelissements sous les gravats et la boue ;
- des tirs de mitrailleuses et d’obus réguliers.
La brigade canadienne l’adopte comme mascotte. Warrior a la réputation de rester calme sous le feu. Son cavalier n’est pas en reste : Seely est cité cinq fois dans les dépêches pour sa bravoure, et l’armée le surnomme « l’homme le plus chanceux de l’armée ». Le cheval et le cavalier semblent partager la même chance.
La charge du bois de Moreuil, 30 mars 1918
Au printemps 1918, la Russie est sortie de la guerre et l’armée allemande dispose de divisions venues de l’Est. Le 21 mars, à 4 heures du matin, elle lance une grande offensive et perce les lignes britanniques. En quelques jours, elle avance de près de 45 km. Le 30 mars au matin, la 23e division saxonne occupe le bois de Moreuil, sur les rives de l’Avre, dans la Somme. La position domine la voie ferrée entre Amiens et Paris.
La brigade de cavalerie canadienne de Seely reçoit l’ordre de retarder l’ennemi. Warrior mène la charge. Les cavaliers forcent les Allemands à se retirer du bois. Ceux-ci le reprennent plus tard dans la journée, mais le retard imposé contribue à l’arrêt de l’offensive. Le lieutenant canadien Gordon Flowerdew reçoit la Victoria Cross pour cette bataille.
Peu après, Seely est gazé et rentre en Angleterre. Il est relevé de son commandement le 20 mai 1918.
Le retour à la vie d’avant
Warrior et Seely reviennent à l’île de Wight. Le cheval y vit jusqu’en 1941. Il meurt à 32 ans selon la PDSA, à 33 ans selon d’autres sources. Le Times publie sa nécrologie sous le titre qui l’a rendu célèbre : « The Horse the Germans couldn’t kill ».
Seely lui consacre un livre en 1934, My Horse Warrior. Le peintre Alfred Munnings le représente avec Seely sur un tableau conservé à la Galerie nationale du Canada, à Ottawa. Selon le musée consacré à Munnings, ce portrait est son tableau le plus important : il lui vaut ensuite la commande du portrait du comte d’Athlone, frère de la reine Mary. Une statue de Seely au château de Carisbrooke, sur l’île de Wight, montre aussi Warrior.
Une médaille pour tous les animaux de 14-18
Le 2 septembre 2014, cent ans après le début de la guerre, la PDSA décerne à Warrior une Dickin Medal d’honneur, la 66e de l’histoire de cette récompense. C’est la seule attribuée à un animal antérieur à sa création, en 1943. Warrior la reçoit au nom de tous les animaux qui ont servi pendant la Première Guerre mondiale. La citation dit : « For Gallantry. Honouring all animals that served in WW1 1914-18 ». Son petit-fils, Brough Scott, l’a reçue en son nom.
Warrior et Joey : le vrai et le roman
On confond parfois Warrior avec Joey, le héros de Cheval de guerre. Joey est un personnage de roman, porté à l’écran par Steven Spielberg en 2011 : la fiche du film est ici. Warrior, lui, a réellement vécu, et un documentaire de 2012 consacré aux chevaux de la Grande Guerre lui donne une large place.
Trois choses à retenir
- Warrior a survécu aux quatre ans de guerre, de 1914 à 1918, aux côtés du même cavalier.
- Sa charge la plus connue a eu lieu en France, au bois de Moreuil, le 30 mars 1918.
- Sa médaille honore tous les animaux de 14-18 : il la porte au nom des autres.
Un autre cheval de guerre a reçu la même médaille, deux ans plus tard : la jument Sergent Reckless, héroïne de la guerre de Corée. Pour un champion de temps de paix, découvre l’histoire de Jappeloup.
Source : PDSA, « Warrior, PDSA Dickin Medal 66 » ; dates et lieux complétés par les articles de Wikipédia sur Jack Seely et la bataille du bois de Moreuil.