Le cheval de Przewalski a disparu de la nature en 1969. Trente ans plus tard, des troupeaux galopaient de nouveau dans les steppes de Mongolie. Entre les deux, une espèce entière a tenu grâce à quelques dizaines de chevaux de zoo. Voici son histoire, du premier signalement à la réintroduction.
Un cheval décrit en 1879
Le géographe russe Nikolaï Prjevalski le signale en 1879 en Dzoungarie, dans les montagnes qui bordent le désert de Gobi. Le cheval prend son nom. Son nom scientifique lui est donné en 1881 par I. S. Poliakov, conservateur du musée zoologique de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg.
Comment le reconnaître :
- une silhouette trapue, des membres courts ;
- une taille de 1,22 à 1,42 m au garrot, pour un poids d’environ 300 kg, d’après Wikipédia en anglais ;
- une robe isabelle, claire sous le ventre et autour du nez, avec souvent des marques sombres sur les membres ;
- 66 chromosomes, contre 64 pour le cheval domestique. Les deux restent pourtant interféconds.
La disparition
Après sa description, les zoos veulent tous leur cheval de Przewalski. On capture des poulains : sur une expédition, 51 sont pris et 28 arrivent vivants dans les zoos. Wikipédia en anglais cite les causes du déclin à l’état sauvage :
- la concurrence avec le bétail pour les pâturages et les points d’eau ;
- la chasse et les captures de poulains ;
- les activités militaires ;
- les hivers rigoureux de 1945, 1948 et 1956.
La dernière observation dans son milieu date de 1969 : un étalon seul. Les expéditions suivantes ne trouvent plus rien. L’espèce est classée « éteinte à l’état sauvage » pendant plus de trente ans.
Sauvé par les zoos
L’espèce survit en captivité, à partir d’un petit groupe. Tous les chevaux de Przewalski actuels descendent de 9 ou 12 reproducteurs, selon les sources, choisis parmi les 31 animaux captifs vivants à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Eux-mêmes descendaient de 13 reproducteurs capturés vers 1900. Vers 1977, on comptait seulement 300 animaux en captivité.
Avec si peu de fondateurs, la consanguinité devient le premier danger. Le zoo de Prague, qui a la plus longue histoire d’élevage continu de l’espèce, tient le registre généalogique mondial.
Le retour en Mongolie
Dans les années 1990, plusieurs programmes ramènent des chevaux nés en captivité dans leur pays d’origine :
- Khustain Nuruu : une fondation néerlandaise, créée en 1977, y amène les premiers animaux en 1992. 84 chevaux sont relâchés jusqu’en 2004. En 2008, la population compte 192 individus dans 24 troupeaux.
- Takhin Tal, dans le Gobi : entre 1992 et 2004, 90 chevaux nés en captivité y sont transportés. À partir de 2011, le zoo de Prague y organise des transports réguliers avec son projet « Le retour des chevaux sauvages ».
- Khomiin Tal : 22 fondateurs y arrivent en 2004 et 2005, venus de France. Fin 2017, cette population compte 67 chevaux.
Les animaux passent d’abord par de grands enclos d’acclimatation avant d’être relâchés.
Le détour par la Lozère
Les chevaux de Khomiin Tal ont vécu en France avant de partir. L’association Takh, créée en 1990, place en 1993 onze chevaux nés en zoo sur le causse Méjean, en Lozère, au lieu-dit le Villaret. Ils y vivent en semi-liberté : ils choisissent leurs partenaires et trouvent seuls leur nourriture. Après une dizaine d’années de préparation, leurs descendants partent pour la Mongolie. Le troupeau du Villaret existe toujours : 36 chevaux fin 2023.
Le statut de l’espèce
Sur la liste rouge de l’UICN, le cheval de Przewalski est passé d’« éteint à l’état sauvage » à « en danger critique » en 2008, puis à « en danger » en 2011. La même année, on estimait à près de 400 les chevaux vivant dans trois populations libres. D’autres groupes ont été lâchés ailleurs, dont 31 chevaux dans la zone d’exclusion de Tchernobyl à partir de 1998, et sept chevaux au Kazakhstan en juin 2024.
Sauvage, mais pas ancêtre
On l’a longtemps présenté comme le dernier cheval sauvage et l’ancêtre de nos chevaux. Une étude génétique de 2018 les présente plutôt comme les descendants retournés à l’état sauvage des chevaux de Botaï, au Kazakhstan, domestiqués il y a environ 5 500 ans. La conclusion est discutée. Notre vrai ou faux sur les chevaux de la préhistoire fait le point sur cette question.
Sa robe claire aux extrémités sombres rappelle d’autres robes de nos chevaux domestiques : lis notre article sur le cheval isabelle.
À retenir
- 1879 : premier signalement en Dzoungarie.
- 1969 : dernière observation à l’état sauvage.
- Tous les chevaux actuels descendent de 9 à 12 reproducteurs.
- Depuis 1992 : réintroduction en Mongolie, en partie avec des chevaux passés par la Lozère.
- 2011 : l’espèce passe au statut « en danger » sur la liste rouge de l’UICN.
Sources : Wikipédia, « Cheval de Przewalski » · Wikipédia en anglais, « Przewalski’s horse ».