Incitatus, le cheval de Caligula : ce que disent les sources antiques, et ce qui relève de la légende

Incitatus est le cheval préféré de Caligula, empereur romain de 37 à 41 après J.-C. On répète qu’il l’a nommé consul. Les textes antiques disent autre chose : l’empereur l’aurait envisagé, sans le faire. Voici ce que racontent les deux auteurs anciens qui parlent de lui, ce que les historiens modernes en tirent, et comment l’anecdote est devenue une légende.

Un cheval de course de chars

Son nom latin veut dire « rapide », ou « au grand galop ». Incitatus appartient à l’écurie d’Eutychus, un conducteur de char de la faction des Verts. Rome compte alors quatre factions dans les courses du cirque : les Blancs, les Rouges, les Bleus et les Verts. Caligula soutient les Verts et admire Eutychus. Incitatus est, de ses chevaux, celui qu’il préfère.

Ce que raconte Suétone

Suétone écrit sa Vie des douze Césars vers 121, près de quatre-vingts ans après la mort de Caligula. Au chapitre 55 de la Vie de Caligula, il décrit :

  • la veille des courses, des soldats chargés d’imposer le silence au voisinage, pour que le cheval dorme tranquille ;
  • une écurie de marbre et une mangeoire d’ivoire ;
  • des couvertures de pourpre et un collier de pierres précieuses ;
  • une maison, des esclaves et du mobilier, pour recevoir avec élégance les invités conviés en son nom.

Puis vient la phrase qui a tout lancé. Suétone écrit qu’on rapporte que Caligula avait projeté de le faire consul. Le verbe compte : « on rapporte », pas « il fit ».

Ce qu’ajoute Dion Cassius

Dion Cassius, qui écrit son Histoire romaine au début du IIIe siècle, revient sur le cheval au livre LIX :

  • des serviteurs s’occupent de lui ;
  • on lui sert de l’avoine mêlée de paillettes d’or ;
  • Caligula aurait promis de le nommer consul, un projet que Dion dit resté sans suite ;
  • l’empereur aurait aussi fait de « son cheval » un prêtre de son culte. Le texte ne le nomme pas : on suppose qu’il s’agit d’Incitatus.

Ce que les historiens en pensent

Aucune source antique ne dit qu’Incitatus a été consul. Les deux auteurs parlent d’un projet. À partir de là, les historiens modernes avancent trois lectures :

  • une provocation : l’historien Anthony A. Barrett y voit une façon de ridiculiser les sénateurs. Pour lui, plusieurs histoires viennent sans doute des plaisanteries de Caligula lui-même ;
  • un mépris pour la charge : Régis F. Martin juge « invraisemblable que Caligula ait véritablement voulu lui confier le consulat ». Il y lit un signe de mépris pour une fonction devenue un titre d’honneur sans pouvoir ;
  • une histoire écrite par des adversaires : Suétone et Dion écrivent longtemps après, sous des empereurs qui avaient intérêt à noircir la dynastie de Caligula. Une anecdote haute en couleur attirait aussi les lecteurs.

Le soin donné au cheval, lui, n’est pas contesté : il reflète la passion de l’empereur pour les courses du cirque.

Caligula et le modèle d’Alexandre

Les auteurs anciens rapprochent cette affection de celle d’Alexandre le Grand pour Bucéphale, à qui il avait rendu des honneurs. D’après Suétone et Pline l’Ancien, Jules César fit aussi ériger une statue à son cheval. Pline rapporte qu’Auguste fit élever un tombeau au sien. Imiter Alexandre faisait partie de l’image des empereurs. Lis l’histoire de Bucéphale, le cheval d’Alexandre.

D’une anecdote à un symbole

Depuis au moins 1742, Incitatus sert de figure pour dénoncer l’incompétence politique. Quelques reprises :

  • dans La Cerisaie de Tchekhov (1904), un personnage se dit descendant du cheval que Caligula fit entrer au Sénat ;
  • dans Moi, Claude, Robert Graves le présente comme un sénateur : c’est un roman, pas une source ;
  • le poète polonais Zbigniew Herbert lui consacre un poème, « Caligula », en 1974.

Chaque reprise ajoute un étage. Le « cheval consul » des conversations vient de ces récits, pas de Suétone.

Notre vrai ou faux sur les légendes des chevaux de l’histoire tranche l’affirmation en une ligne et donne la méthode pour remonter à la source.

À retenir

  • Incitatus était un cheval de course de la faction des Verts, préféré de Caligula.
  • Suétone décrit une écurie de marbre, une mangeoire d’ivoire et une maison avec des esclaves.
  • Suétone et Dion Cassius parlent d’un projet de consulat, jamais réalisé.
  • Les historiens y lisent une provocation contre le Sénat plutôt qu’une preuve de folie.

Sources : Suétone, Vie de Caligula, chapitre 55, texte sur LacusCurtius · Dion Cassius, Histoire romaine, livre LIX · Wikipédia, « Incitatus » · Wikipédia en anglais, « Incitatus » · Régis F. Martin, Les douze Césars : du mythe à la réalité, Les Belles Lettres, 1991 (cité par Wikipédia).

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Élodie Martin

Élodie Martin est passionnée par le monde équestre et partage des articles sur les soins, l’élevage et les événements liés aux chevaux.

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