Aucun cheval de l’Antiquité n’est aussi connu que Bucéphale. Il a porté Alexandre le Grand de la Macédoine jusqu’à l’Inde, et une ville a porté son nom. Notre source principale est la Vie d’Alexandre de Plutarque, dans la traduction d’Alexis Pierron publiée en 1853 et disponible sur Wikisource. L’article de Wikipédia consacré à Bucéphale cite aussi l’historien Arrien.
Ce qu’il faut retenir
- Bucéphale est proposé au roi Philippe de Macédoine pour treize talents.
- Personne ne parvient à le monter, sauf le jeune Alexandre.
- Le secret : le cheval avait peur de son ombre.
- Il suit Alexandre dans ses batailles jusqu’à l’Inde.
- Il meurt après la bataille de l’Hydaspe, en 326 avant notre ère, selon Wikipédia.
Un cheval que personne ne voulait
Plutarque raconte qu’un Thessalien nommé Philonicus amène un jour à Philippe un cheval nommé Bucéphale, qu’il veut vendre treize talents. On l’essaie dans la plaine. Le cheval est « difficile, et complètement rebours ». Il ne supporte ni la voix des écuyers de Philippe ni qu’on l’approche, et se cabre contre tous. Philippe, mécontent, ordonne qu’on le remmène.
Le jeune Alexandre s’écrie alors : « Quel cheval ils perdent là ! » Son père le reprend : il critique des hommes plus âgés que lui. Alexandre insiste et parie de payer lui-même le prix du cheval s’il échoue. Tout le monde rit, et le pari est conclu.
La peur de l’ombre
Alexandre s’approche, prend les rênes et tourne la tête du cheval face au soleil. D’après Plutarque, il avait remarqué que Bucéphale s’effrayait de son ombre, qui tombait devant lui et suivait ses mouvements. Il le flatte de la voix et de la main tant que le cheval souffle de colère, laisse tomber son manteau et saute sur son dos. Il garde d’abord la bride haute, sans frapper ni harceler. Quand le cheval se calme et ne demande plus qu’à courir, il lui rend la main.
Philippe et l’assistance regardent dans un silence inquiet, puis applaudissent. Le père, raconte Plutarque, en pleure de joie et lance à son fils : « cherche un royaume qui soit digne de toi ; la Macédoine n’est pas à ta mesure ».
Wikipédia rapporte l’analyse de Carolyn Willekes, docteure en littérature grecque et romaine : l’agressivité du cheval venait de sa peur. Écarté de ce qui l’effrayait, il devenait montable.
Un nom de tête de bœuf
Bucéphale vient du grec boûs, le bœuf, et kephalê, la tête. Wikipédia liste plusieurs explications : une marque en forme de tête de bœuf propre à une race de chevaux de Thessalie, une tache blanche sur la tête, des protubérances en forme de corne, ou une tête qui ressemblait à celle d’un bœuf. Aucune ne fait consensus.
En campagne avec Alexandre
Devenu roi, Alexandre mène sa cavalerie sur le dos de Bucéphale. Plutarque donne trois épisodes :
- Au Granique, Alexandre a son cheval tué sous lui d’un coup d’épée dans le flanc. Plutarque précise que « c’était un autre que Bucéphale ».
- À Gaugamèles, il passe ses troupes en revue sur un autre cheval pour ménager Bucéphale, « parce qu’il était déjà vieux ». Il ne le monte qu’au moment de combattre, puis donne le signal de la charge.
- Près de la mer Caspienne, en Hyrcanie, des habitants enlèvent Bucéphale à ceux qui le conduisent. Alexandre menace de les passer au fil de l’épée. Le cheval lui est rendu, et le roi paie même une rançon à ceux qui l’avaient pris.
La mort sur les bords de l’Hydaspe
Bucéphale est blessé lors de la bataille contre le roi indien Porus, sur l’Hydaspe. Selon la plupart des historiens cités par Plutarque, il meurt peu après, pendant qu’on soigne ses blessures. Un autre auteur, Onésicrite, affirme qu’il meurt de fatigue et de vieillesse, « car il avait trente ans ». Wikipédia date cette bataille de 326 avant notre ère.
Alexandre le pleure « comme s’il eût perdu un ami, un compagnon fidèle », écrit Plutarque, et fonde en son honneur une ville sur les bords de l’Hydaspe : Bucéphalie. Wikipédia indique que son emplacement exact reste débattu, avec deux hypothèses dans le Pendjab pakistanais.
Un cheval connaisseur en peinture
Wikipédia rapporte une anecdote de l’auteur antique Élien. Le peintre Apelle achève à Éphèse un portrait équestre d’Alexandre, qui ne l’aime guère. Bucéphale, en voyant le tableau, se met à hennir. Le peintre aurait alors lancé au roi : « Ô roi, ton cheval semble se connaître en peinture beaucoup mieux que toi. » Sur certaines monnaies des successeurs d’Alexandre, Bucéphale figure avec des cornes, symbole divin dans l’Orient ancien.
Après Bucéphale
Le nom a voyagé. Wikipédia cite la nouvelle de Franz Kafka Le Nouvel Avocat, parue en 1919, où Bucéphale devient avocat. C’est aussi le nom du cheval légendaire du baron de Münchhausen.
Si tu veux tester ce que tu as retenu, deux questions de notre quiz sur les chevaux de la mythologie portent sur Bucéphale. D’autres chevaux d’hommes célèbres t’attendent dans notre vrai ou faux sur les chevaux de l’histoire et dans l’histoire du Vizir, le cheval de Napoléon.
Sources : Plutarque, Vie d’Alexandre, trad. Alexis Pierron, Charpentier, 1853 · Wikipédia, « Bucéphale ».