Le cheval dans les fables de La Fontaine : 6 fables et leur morale

Le cheval traverse les Fables de La Fontaine sous plusieurs visages : rusé face au loup, piégé par l’homme, attelé à un coche ou à une charrette. Voici six fables où il tient un vrai rôle, avec leur livre, quelques vers cités d’après l’édition de 1874 publiée sur Wikisource, et la morale à retenir. Les trois recueils des Fables paraissent entre 1668 et 1694, rappelle Wikipédia.

Ce qu’il faut retenir

  • Deux fables opposent le cheval au loup, et le cheval gagne les deux fois, d’une ruade.
  • Une fable explique pourquoi le cheval vit avec l’homme.
  • Deux fables mettent en scène des chevaux de trait : un coche et une charrette.
  • Le Coche et la Mouche a donné l’expression « faire la mouche du coche ».

1. Le Cheval s’étant voulu venger du Cerf (livre IV, fable XIII)

La fable s’ouvre sur un vers qui la résume : « De tous temps les chevaux ne sont nés pour les hommes. » Au temps où les hommes se nourrissaient de glands, le cheval vivait libre dans les forêts. Fâché contre un cerf trop rapide pour lui, il demande l’aide de l’homme. L’homme lui met un frein, lui saute sur le dos et ne le lâche pas avant d’avoir pris le cerf. Quand le cheval veut repartir, l’homme refuse : « Demeurez donc ; vous serez bien traité ». Le cheval comprend trop tard :

« Hélas ! que sert la bonne chère
Quand on n’a pas la liberté ! »

La morale finale vise la vengeance : elle coûte trop cher quand on la paie de sa liberté, ce bien « sans qui les autres ne sont rien ».

2. Le Cheval et le Loup (livre V, fable VIII)

Au printemps, un loup aperçoit un cheval mis au vert. Ce n’est pas un mouton : pour avoir cette proie, il faut ruser. Le loup se présente en « écolier d’Hippocrate », un médecin qui connaît toutes les herbes du pré et propose de soigner le cheval gratuitement. Le cheval déclare avoir « une apostume sous le pied », un abcès. Pendant que le loup guette le moment de le saisir, le cheval, qui s’en doutait, lui lâche une ruade qui lui met « en marmelade / Les mandibules et les dents ».

La leçon, le loup la tire lui-même : « Chacun à son métier doit toujours s’attacher. »

3. Le Cheval et l’Âne (livre VI, fable XVI)

Un cheval refuse d’aider un âne écrasé sous sa charge. L’âne meurt, et le cheval doit porter tout le fardeau, avec la peau de son camarade par-dessus. La morale ouvre la fable : « En ce monde il se faut l’un l’autre secourir ». Nous l’avons présentée en détail dans notre article sur les citations d’écrivains sur le cheval.

4. Le Charretier embourbé (livre VI, fable XVIII)

Près de Quimper-Corentin, en basse Bretagne, un charretier voit sa voiture à foin s’enliser. Il jure contre les trous, contre ses chevaux, contre lui-même, puis appelle Hercule à l’aide. Une voix lui répond depuis les nuées : « Hercule veut qu’on se remue ; / Puis il aide les gens. » Le charretier dégage les roues, casse le caillou, comble l’ornière, prend son fouet, et ses chevaux tirent la charrette sans peine.

La morale tient en un vers devenu proverbe : « Aide-toi, le ciel t’aidera. » L’édition de 1874 précise en note que La Fontaine écrit « chartier » au lieu de « charretier » par licence poétique.

5. Le Coche et la Mouche (livre VII)

Wikipédia la présente comme la neuvième fable du livre VII, publiée pour la première fois en 1678. La scène est célèbre : « Dans un chemin montant, sablonneux, malaisé », « Six forts chevaux tiraient un coche ». Les passagers sont descendus, l’attelage sue et souffle. Une mouche arrive, pique les chevaux, se pose sur le nez du cocher, et se croit indispensable. Arrivée en haut de la côte, elle réclame son salaire : « Çà, messieurs les chevaux, payez-moi de ma peine. »

La morale vise « certaines gens, faisant les empressés ». Le dictionnaire de Littré rattache à cette fable la locution « faire la mouche du coche » : faire l’empressé et s’attribuer le succès de ce à quoi l’on a le moins contribué. D’autres expressions nées du cheval sont dans notre article sur les expressions avec le mot cheval.

6. Le Renard, le Loup et le Cheval (livre XII, fable XVII)

Un jeune renard voit pour la première fois un cheval et court chercher un loup. Les deux compères abordent l’animal et lui demandent son nom. Le cheval répond qu’il est écrit sous son sabot : « Mon cordonnier l’a mis autour de ma semelle. » Le renard s’excuse, il ne sait pas lire. Le loup, flatté d’avoir reçu de l’instruction, s’approche pour lire. La ruade lui coûte quatre dents.

Le renard conclut : « Que de tout inconnu le sage se méfie. » Cette fable appartient au dernier recueil, publié en 1693 et réédité en 1694, d’après Wikipédia.

Ce que ces fables disent du cheval

Dans deux fables sur six, le loup vise le cheval et repart sans dents : La Fontaine fait du cheval un animal qui ne se laisse pas duper. Dans Le Cheval s’étant voulu venger du Cerf, c’est en revanche lui qui se fait prendre, par l’homme. Dans les deux fables d’attelage, il travaille pendant qu’un autre se plaint ou s’agite. Pour prolonger, lis nos proverbes sur le cheval, souvent nés du même fonds populaire.

Sources : La Fontaine, Fables, éd. Bernardin-Béchet, 1874, sur Wikisource, dont « Le Cheval et le Loup » · Wikipédia, « Fables de La Fontaine » et « Le Coche et la Mouche » · Dictionnaire de Littré, entrée « mouche ».

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Élodie Martin

Élodie Martin est passionnée par le monde équestre et partage des articles sur les soins, l’élevage et les événements liés aux chevaux.

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