Au musée de l’Armée, aux Invalides, un petit cheval gris se tient dans une vitrine climatisée, à quelques pas du tombeau de Napoléon. C’est le Vizir, l’une de ses montures. Le musée le présente comme le seul cheval naturalisé de Napoléon Ier connu à ce jour. Son histoire mêle cadeau diplomatique, champs de bataille, exil et un long voyage après sa mort.
Ce qu’il faut retenir
- Le Vizir est un étalon gris offert à Bonaparte par le sultan ottoman Selim III.
- Napoléon le monte à Iéna et à Eylau, et l’emmène à l’île d’Elbe.
- Il meurt en 1826, à 33 ans, selon le musée de l’Armée.
- Il porte encore la marque des écuries impériales : un N couronné.
- Restauré en 2016, il ne contient aucun os.
Un cadeau du sultan
D’après le communiqué publié par le musée de l’Armée en mai 2016, Bonaparte reçoit le Vizir en 1802, présent diplomatique du sultan ottoman Selim III. L’article de Wikipédia qui lui est consacré le décrit comme un petit étalon arabe de 1,35 m au garrot, à la robe gris clair étourneau légèrement truitée. Il ajoute un détail sur le nom : l’article « le » marquerait le haut rang du cheval.
Les dates divergent selon les sources. Wikipédia écrit que l’Empereur le monte à partir de 1805. Le musée donne 1802 pour la réception du cadeau. Nous retenons ici la version du musée, qui conserve le cheval.
Le cheval de l’Empereur
Le musée indique que Napoléon monte le Vizir sur les champs de bataille d’Iéna et d’Eylau, pendant les campagnes de Prusse et de Pologne, en 1806 et 1807. Il fait partie des dix chevaux des écuries impériales considérés comme étant « du rang de Sa Majesté ». Il sert aussi de modèle à de nombreux peintres du Premier Empire, pour des portraits équestres et des scènes de bataille.
L’Empereur l’apprécie au point de l’emmener en exil sur l’île d’Elbe, entre 1814 et 1815. Wikipédia parle de Sainte-Hélène. Le musée, lui, écrit l’île d’Elbe : c’est sa version que nous suivons.
Une marque au fer
Sur la cuisse arrière gauche, le Vizir porte encore un N surmonté d’une couronne impériale. Le panneau du musée destiné au jeune public explique que cette marque, faite au fer rouge du vivant du cheval, montre qu’il appartenait aux écuries de l’Empereur. Elle a traversé deux siècles.
Une longue retraite
Après treize années de service, le Vizir est recueilli par un ancien écuyer des écuries impériales. Il meurt en 1826, à l’âge de 33 ans, d’après le musée. Pour un cheval, c’est un âge avancé.
Un voyage mouvementé après sa mort
Le Vizir est naturalisé. Le communiqué du musée raconte ensuite un parcours chaotique. Sa dépouille change plusieurs fois de propriétaire, dans un contexte politique hostile à l’Empire, ce qui nuit à sa conservation. Après un passage dans une quasi-clandestinité en Angleterre, il est installé au musée des Souverains, dans le palais du Louvre. Il entre dans les collections du musée de l’Armée lors de sa création, en 1905.
Depuis, il est conservé aux Invalides, tout près du dôme où repose son ancien maître.
Ce que la restauration de 2016 a montré
En 2016, le musée lance une collecte participative pour restaurer le cheval. Le communiqué fixe un objectif minimum de 15 000 euros, avec des dons ouverts jusqu’au 8 juin 2016. Wikipédia indique que 26 000 euros ont été réunis. La restauration se fait sous les yeux des visiteurs, dans les salles « De Louis XIV à Napoléon III ». Au programme : radiographies, comblement des fissures et des déchirures, dépoussiérage, réhydratation et recoloration de la peau. Le cheval rejoint ensuite une vitrine dont la température et l’humidité sont contrôlées en permanence.
Les radiographies, réalisées par un cabinet vétérinaire de Grosbois selon le musée, ont réservé une surprise. Aucun os ne forme le mannequin. Il est fait de bois sculpté, de chanvre, de clous, de vis et de tiges de fer.
Naturalisé ou empaillé
Le panneau du musée explique la différence. On dit parfois « empaillé », parce qu’à l’origine la peau de l’animal était remplie de paille. La naturalisation suit trois étapes :
- le dépouillage : la peau est prélevée en une seule pièce, puis tannée pour la rendre imputrescible ;
- le mannequin : une structure à la forme de l’animal, autrefois en bois et en paille ;
- le montage : la peau est posée sur le mannequin, mise en forme et cousue, avec des yeux de verre ou de cristal.
Le Vizir et Marengo
Le Vizir n’est pas le seul cheval de Napoléon à avoir traversé les siècles. Marengo, autre monture célèbre de l’Empereur, est conservé à Londres sous forme de squelette. Notre vrai ou faux sur les chevaux de l’histoire raconte où et pourquoi. Pour d’autres chevaux de guerre, lis l’histoire de Warrior, le cheval de la Première Guerre mondiale.
Si tu passes aux Invalides, le Vizir se trouve dans les salles consacrées à la période de Louis XIV à Napoléon III. Regarde sa cuisse gauche : le N couronné y est toujours.
Sources : musée de l’Armée, communiqué « La restauration de Vizir, le dernier cheval de Napoléon », 20 mai 2016 · musée de l’Armée, panneau jeune public « Empaillé ou naturalisé » · Wikipédia, « Le Vizir ».