Fin avril 1945, la guerre touche à sa fin en Europe. Dans un haras de Bohême, des centaines de lipizzans, les chevaux blancs de l’École espagnole de Vienne, se retrouvent entre deux armées. Une unité américaine franchit alors les lignes pour les mettre à l’abri. C’est l’opération Cowboy. Voici son histoire, d’après les articles de Wikipédia consacrés au Lipizzan et à l’opération.
Ce qu’il faut retenir
- L’opération a lieu le 28 avril 1945 à Hostau, aujourd’hui Hostouň, en République tchèque.
- Le général américain George S. Patton donne son accord.
- Wikipédia en français compte 250 lipizzans récupérés.
- Disney en tire un film en 1963, Le Grand Retour.
Une race née à Lipica
Le Lipizzan remonte au XVIe siècle. La famille impériale des Habsbourg fonde alors un haras à Lipica, dans la région du Karst. La race se diffuse ensuite dans plusieurs haras royaux d’Europe centrale. Elle est le cheval de l’École espagnole d’équitation de Vienne, connue pour sa haute école.
Les chevaux dispersés par la guerre
La Seconde Guerre mondiale met la race en danger. D’après Wikipédia en anglais, après l’annexion de l’Autriche en 1938, les juments de l’École espagnole sont transférées au haras d’Hostau, en Bohême. Wikipédia en français précise qu’en 1941 et 1942, les lipizzans de nombreux haras d’Europe y sont réunis sous la direction d’Hubert Rudofsky, et qu’en octobre 1943, 179 chevaux de Lipica y sont déplacés à leur tour.
Les étalons de l’École, eux, sont mis à l’abri des bombardements à Sankt Martin im Mühlkreis, en Haute-Autriche, sous la garde du directeur de l’École, le colonel Aloïs Podhajsky. Ce cavalier avait remporté une médaille de bronze en dressage aux Jeux olympiques de 1936. Il a ensuite raconté l’histoire de la race et de l’École dans plusieurs livres, dont The Lipizzaners, paru en 1969.
Le haras entre deux armées
Au printemps 1945, l’Armée rouge avance par l’est et la IIIe armée américaine de Patton par l’ouest. Les vétérinaires allemands du haras, menés par Rudofsky, craignent pour les chevaux. Un officier allemand bloqué sur place faute de carburant, le lieutenant-colonel Walter Holters, prend contact avec l’unité américaine la plus proche, le 2e groupe de cavalerie du colonel Charles H. Reed. Beaucoup de ses officiers sont des cavaliers qui ont servi dans des unités montées avant la mécanisation. Ils montent aussitôt une opération.
La tâche est délicate. Le haras se trouve en territoire encore tenu par des troupes allemandes qui ne connaissent pas l’accord. Une grande partie des juments est pleine, et beaucoup viennent de mettre bas. Et la Tchécoslovaquie a été placée dans la zone d’influence soviétique à Yalta.
Le 28 avril 1945
Patton approuve l’opération. Une petite force est réunie sous les ordres du major Robert P. Andrews : des véhicules de reconnaissance, deux chars légers et 325 fantassins. Elle parcourt 20 miles, une trentaine de kilomètres, en territoire occupé et prend le contrôle du haras.
Il faut ensuite évacuer les chevaux, plus nombreux que les soldats. Andrews fait appel à des prisonniers de guerre alliés libérés dans la région, et les soldats allemands du haras prêtent main-forte. Un petit groupe de cavaliers cosaques présents dans la région se joint aussi à l’évacuation. La troupe essuie deux attaques, qu’elle repousse. Puis les chevaux partent : certains montés, les autres menés en troupeau, les juments pleines et les poulains en camion. Ils quittent le haras au moment où le premier char soviétique apparaît ; les Soviétiques ne s’opposent pas au départ. Les chevaux arrivent derrière les lignes américaines.
Ce que le sauvetage a changé
- La race est préservée. Depuis 1996, la Slovénie est responsable de sa sauvegarde, et Wikipédia compte environ 10 000 lipizzans dans le monde en 2012.
- L’épisode fait connaître le Lipizzan aux États-Unis. Les premières importations suivent et s’accroissent dans les années 1950, avec la création du haras de Tempel Farm, près de Chicago, qui achète 20 lipizzans à l’État autrichien en 1958.
- En 2005, l’École espagnole célèbre les soixante ans du sauvetage par une tournée de spectacles aux États-Unis.
En 1963, les studios Disney s’inspirent librement de l’histoire dans le film Le Grand Retour, en anglais Miracle of the White Stallions. C’est le film sur le Lipizzan le plus connu au monde. En 1965, la romancière Mary Stewart place aussi un lipizzan au cœur de L’Étalon blanc. Les chevaux de Tempel Farm, issus de ce sauvetage, ont défilé en 2009 lors de l’investiture de Barack Obama, d’après Wikipédia.
Le Lipizzan, un cheval blanc qui naît noir
Les lipizzans ne naissent pas blancs : leur robe foncée s’éclaircit avec l’âge. C’est l’une des affirmations de notre vrai ou faux sur les chevaux de l’histoire. D’autres chevaux ont traversé les guerres : lis l’histoire de Warrior et celle du Sergent Reckless.
Sources : Wikipédia, « Lipizzan », section Seconde Guerre mondiale · Wikipédia en anglais, « Operation Cowboy ».