Traveller, le cheval du général Lee : histoire vraie et légendes

Pendant la guerre de Sécession, le général confédéré Robert E. Lee a monté plusieurs chevaux. Un seul est resté dans la mémoire américaine : Traveller, un hongre gris qu’il a gardé jusqu’à sa propre mort. Son histoire tient en quelques documents solides, et en beaucoup de récits ajoutés après coup. Voici ce qui est établi.

Un cheval de Virginie aux trois noms

Traveller naît en 1857 près de Blue Sulphur Springs, dans le comté de Greenbrier, en Virginie, aujourd’hui en Virginie-Occidentale. C’est un American Saddlebred gris d’environ 1,63 m au garrot, pour à peu près 500 kg.

  • Son premier nom est Jeff Davis.
  • Au printemps 1861, le capitaine Joseph M. Broun l’achète 175 dollars et le rebaptise Greenbrier.
  • En février 1862, Lee le rachète 200 dollars et l’appelle Traveller.

À la guerre

Traveller est connu pour son endurance et son calme sous le feu, même s’il pouvait s’énerver. Un épisode montre ses limites : lors de la seconde bataille de Bull Run, en 1862, le cheval fait un écart pendant que Lee tient la bride à pied. Le général tombe sur une souche et se blesse aux deux mains. Il finit la campagne en grande partie en ambulance.

Lee lui-même a décrit son cheval dans une lettre à une cousine de sa femme qui voulait le peindre. Il y cite ses belles proportions, son corps musclé, sa poitrine profonde, son dos court et ses hanches solides, et termine en disant qu’il ne trouve pas mieux que « un gris confédéré » pour le décrire.

Après la guerre

En 1865, Lee devient président du Washington College, à Lexington, en Virginie. Traveller l’accompagne. Les admirateurs du général arrachent des crins de sa queue en souvenir, au point que Lee écrit à sa fille Mildred que son cheval ressemble à « un poulet plumé ».

Lee meurt en 1870. Lors du cortège funèbre, Traveller marche derrière le cercueil. L’année suivante, en 1871, le cheval marche sur un clou et contracte le tétanos. Il n’existe pas de traitement à l’époque : on l’abat.

Le voyage de ses os

L’histoire ne s’arrête pas là. Les étapes connues :

  1. Traveller est d’abord enterré derrière les bâtiments du collège.
  2. Ses os sont déterrés, blanchis et exposés à Rochester, dans l’État de New York, en 1875 et 1876.
  3. En 1907, le journaliste Joseph Bryan paie pour que le squelette soit monté et rendu au collège, qui l’expose.
  4. En 1929, le squelette part au sous-sol de la chapelle de l’université, où il se dégrade pendant une trentaine d’années.
  5. En 1971, les restes sont enterrés près de la chapelle, à côté de la crypte de la famille Lee.
  6. En 2023, la pierre tombale est remplacée par une pierre qui ne mentionne plus Lee.

Ce qui relève de la légende

  • Les portes de l’écurie : on raconte qu’on laisse ouvertes les portes de son ancienne écurie pour que son esprit circule. C’est une tradition, pas un fait vérifiable.
  • Les souvenirs de famille : plusieurs anecdotes sur sa démarche viennent de souvenirs racontés plus tard par l’entourage de Broun, sans document de l’époque.
  • Les romans : Traveller a inspiré des fictions qui lui prêtent pensées et aventures. Elles n’ont rien d’historique.

D’autres chevaux de guerre

Traveller rejoint une petite famille de chevaux restés célèbres pour avoir porté un chef ou survécu au front. Lisez l’histoire de Copenhagen, le cheval de Wellington à Waterloo, et celle de Warrior, le cheval de la Première Guerre mondiale.

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Élodie Martin

Élodie Martin est passionnée par le monde équestre et partage des articles sur les soins, l’élevage et les événements liés aux chevaux.

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