Au-dessus du portail de la basilique Saint-Marc, à Venise, quatre chevaux de bronze doré semblent sortir de la façade. Ce sont des copies. Les originaux sont à l’intérieur, à l’abri. Ils ont pourtant connu trois villes et deux guerres mondiales. D’après l’article de Wikipédia qui leur est consacré, ce sont les éléments restants du seul quadrige de bronze conservé de l’Antiquité.
Ce qu’il faut retenir
- Quatre chevaux antiques, d’origine encore débattue.
- Ils ornent l’hippodrome de Constantinople avant d’être emportés à Venise en 1204.
- Napoléon les fait venir à Paris en 1797. Ils rentrent à Venise en 1815.
- Depuis les années 1970, les originaux sont à l’intérieur de la basilique.
- Ils sont faits d’un cuivre presque pur, difficile à couler.
Une origine discutée
Personne ne sait avec certitude qui a sculpté ces chevaux, ni quand. Wikipédia évoque l’école grecque de Lysippe, puis des recherches qui situent leur style vers la fin du IIe siècle de notre ère, dans un hellénisme tardif marqué par la solennité romaine. Un manuscrit du Xe siècle les fait arriver à Constantinople sous Théodose II, au Ve siècle : « Les quatre chevaux revêtus d’or que nous voyons sur les positions de départ des attelages sont arrivés de Chios sous le règne de Théodose ». Ils sont installés sur la tour d’entrée de l’hippodrome de la ville.
1204 : le butin de Venise
En 1204, lors du sac de Constantinople par les croisés, les chevaux deviennent propriété vénitienne, à la demande du doge Enrico Dandolo. Un bas-relief du XVIe siècle montre leur transfert, et un texte signale une jambe brisée pendant le voyage. Ils sont installés au-dessus du portail central de Saint-Marc, probablement sous le doge Pietro Ziani, entre 1205 et 1229.
Pour Venise, le quadrige devient un symbole de victoire et de puissance maritime. Il prend aussi un sens chrétien : quatre chevaux, comme les quatre évangélistes, dont saint Marc, patron de la ville.
1797 : le voyage à Paris
Après la campagne d’Italie, Napoléon emporte les chevaux à Paris avec d’autres trophées, dont le lion de Venise. Ils sont placés sur l’arc de triomphe du Carrousel. Une copie du XIXe siècle s’y trouve encore aujourd’hui, avec un char. Wikipédia mentionne aussi une copie à Versailles, commandée par Charles X en 1828.
Après la défaite de Napoléon en 1815, les Autrichiens, nouveaux maîtres de Venise, rapportent le quadrige à sa place d’origine.
Cachés pendant les guerres
Pendant la Première Guerre mondiale, les chevaux sont mis à l’abri au palazzo Venezia, à Rome. Pendant la Seconde, ils sont cachés au monastère de Praglia, près de Padoue.
Des copies sur la façade
Dans les années 1970, pour les protéger de la pollution et de l’usure, les originaux sont installés à l’intérieur de la basilique. Des copies identiques prennent leur place dehors. Ternies au bout de vingt ans, ces répliques sont nettoyées et restaurées en 2006. En 2014, les originaux reçoivent à leur tour une restauration complète, menée par une équipe de restaurateurs français.
Ce que disent les analyses
Les quatre chevaux mesurent chacun 1,17 m de haut, plus que les chevaux sculptés habituels de l’Antiquité. Ce sont des mâles entiers, sans fers, avec un petit harnachement et un collier clouté. Wikipédia rapporte plusieurs observations :
- Le métal. Des analyses faites lors d’une tournée d’expositions au début des années 1980 indiquent un cuivre presque pur, autour de 98 %, avec environ 1 % d’étain et 1 % de plomb. Le bronze antique contient d’habitude 85 % de cuivre et 10 % d’étain. Ce métal est extrêmement difficile à couler et remplit mal les détails des moules. L’article donne ailleurs le chiffre de 96 % de cuivre : les mesures varient selon les sources.
- Les têtes. Elles ont été coulées à part et ne sont pas forcément à leur place d’origine. Les colliers, plus récents, cachent la jonction.
- La dorure. La surface a été dorée au mercure, puis grattée en stries parallèles, sans doute pour mieux refléter le soleil.
- Le port de tête. Des traces montrent un collier étrangleur, qui donnait à l’encolure un air redressé et fier.
- Les attaches. Les anneaux qui reliaient le harnachement ont été brisés par les Vénitiens, en signe de servitude des chevaux envers leur ville.
Voir les chevaux
Après leur retour de Paris, les chevaux changent encore de sens. Wikipédia explique qu’ils incarnent désormais la fierté de Venise pour son passé de puissance maritime, rappelée aux quelque trente millions de visiteurs qu’accueille la ville chaque année.
À Venise, les copies se voient depuis la place Saint-Marc et les originaux à l’intérieur de la basilique. À Paris, l’arc du Carrousel porte une copie avec son char. Napoléon a emmené d’autres chevaux dans son histoire, bien vivants ceux-là : lis celle du Vizir, son cheval conservé aux Invalides, et retrouve Marengo dans notre vrai ou faux sur les chevaux de l’histoire. D’autres chevaux d’artistes sont réunis dans la rubrique peintures.
Source : Wikipédia, « Chevaux de Saint-Marc », et la bibliographie qu’il cite, dont le catalogue Les Chevaux de Saint-Marc, Galeries nationales du Grand Palais, 1981.