Trois siècles avant Hans le Malin, l’Angleterre avait déjà son cheval qui comptait. Il s’appelait Marocco et il a vécu entre 1586 et 1606 environ. Son dresseur, William Bankes, en a fait la vedette des auberges de Londres, puis de Paris. Voici son histoire, telle que la reconstitue l’article de Wikipédia en anglais qui lui est consacré.
Ce qu’il faut retenir
- Marocco naît vers 1586 et meurt vers 1606.
- On le surnomme le « cheval qui danse » ou le « cheval qui pense ».
- Il compte les pièces de monnaie en frappant du sabot.
- En 1601, il monte sur le toit de la cathédrale Saint-Paul de Londres.
- En France, son maître échappe de peu à une condamnation pour sorcellerie.
Un petit cheval bai et son maître
William Bankes, que l’on écrit aussi Banks, naît dans le Staffordshire au début des années 1560. Dans les années 1580, il sert le comte d’Essex, sans doute aux écuries. Il achète vers 1586 un jeune cheval que la plupart des sources décrivent comme bai, quelques-unes comme blanc. Il le baptise Marocco, d’après le cuir de maroquin dont on faisait alors les selles, et l’appelle en plaisantant « seigneur ».
Bankes vend ses biens pour offrir à son cheval des fers en argent. Puis il part pour Londres jouer dans les cours d’auberge, qui servaient alors de théâtres. Le duo s’installe à l’auberge des Cross Keys, sur Gracechurch Street.
Le numéro qui faisait rire Londres
Marocco marche sur deux ou trois jambes et fait le mort. Il va chercher dans le public les personnes qui portent des lunettes. Il distingue le vert du violet. On lui ordonne de saluer la reine Élisabeth Ire, et il s’incline. On lui parle du roi d’Espagne Philippe II, l’ennemi du moment, et il montre les dents, hennit et chasse son maître de la scène.
Son tour le plus fameux reste le calcul. Les spectateurs donnent des pièces. Marocco désigne à qui chacune appartient, puis frappe du sabot autant de coups qu’il y a de pièces.
Une anecdote publiée en 1611 raconte que Bankes demanda un jour au cheval d’aller chercher « le plus grand sot de l’assemblée ». Marocco alla chercher Richard Tarlton, un clown célèbre, et le tira hors de la foule avec sa bouche. Le mot de Tarlton, « God a mercy, horse ! », devint une expression courante à Londres. Pour que le clown ait vu le numéro, il fallait que le duo soit arrivé avant sa mort, en septembre 1588.
Du succès à la cathédrale Saint-Paul
Au milieu des années 1590, Bankes est riche. Il fait construire sur Gracechurch Street une arène réservée à son spectacle. Un musicien joue pendant le numéro un air intitulé « Bank’s Game ». Le 14 novembre 1595, une ballade sur ce « jeune bidet nommé Morocco » est enregistrée par un imprimeur, puis perdue.
En 1601, pour se démarquer de ses concurrents, Bankes fait monter Marocco jusqu’au toit de la cathédrale Saint-Paul, par plus de mille marches. Le clergé sort pour regarder. Le cheval redescend ensuite l’escalier et repart dans la rue. En 1609, l’écrivain Thomas Dekker conseille encore aux visiteurs de la cathédrale de compter les marches et de se dire que ce n’était pas un cheval, mais autre chose qui en avait l’apparence.
Paris, Orléans et le procès pour sorcellerie
Dès 1591, un témoin de Shrewsbury note que beaucoup de gens jugent ces tours impossibles sans un esprit familier ou de la magie. Le soupçon suit le duo en France. En mars 1601, Bankes, Marocco et leur musicien logent à l’auberge du Lion d’Argent, rue Saint-Jacques, à Paris. Le cheval devient « Monsieur Moraco ». Un officier fait arrêter Bankes pour sorcellerie. Le dresseur s’en sort en révélant que ses tours reposent sur des gestes discrets de la main.
À Orléans, il est de nouveau arrêté, et cette fois condamné au bûcher. On lui accorde une dernière représentation. Marocco s’agenouille devant une croix tenue par un prêtre, preuve qu’il n’est pas l’œuvre du diable. Bankes repart avec de l’argent et des félicitations.
La fin de la tournée
Le spectacle passe ensuite par Francfort, Lisbonne, Rome et Wolfenbüttel, où on le signale encore en 1605. Marocco meurt sans doute vers 1606. Bankes livre alors ses secrets de dressage à Gervase Markham, qui les publie en 1607 dans Cavelarice, or the English Horseman. Markham explique qu’il n’y avait ni tricherie ni surnaturel. Dekker avait résumé le principe : le cheval obéissait « seulement à l’œil et à l’oreille ».
Bankes, lui, entre en 1608 aux écuries du roi Jacques Ier, dresse des chevaux pour le duc de Buckingham, puis finit aubergiste. Il meurt vers 1641.
Marocco et les autres chevaux savants
Comme Marocco, d’autres chevaux ont semblé savoir compter. Le plus étudié est Hans, en Allemagne, au début du XXe siècle : lis l’histoire de Hans le Malin, le cheval qui savait compter. Pour d’autres récits vrais, découvre le Vizir, le cheval de Napoléon, ou teste-toi sur les chevaux devenus légendes.
Source : Wikipédia en anglais, « Bankes’s Horse ». Citations traduites de l’anglais.