En avril 1925, un professeur suisse quitte Buenos Aires à cheval avec un objectif que la presse juge absurde : rejoindre les États-Unis. Ses deux compagnons, Mancha et Gato, sont des chevaux criollos de 15 et 16 ans. Ils arrivent à destination en septembre 1928. Voici leur histoire, d’après les articles de Wikipédia en espagnol et en anglais.
Ce qu’il faut retenir
- Le voyage dure de 1925 à 1928, plus de trois ans.
- Wikipédia en espagnol compte plus de 21 000 km en 504 étapes.
- Le cavalier s’appelle Aimé Félix Tschiffely.
- Les deux chevaux vivent ensuite jusqu’en 1944 et 1947.
- L’Argentine a fait du 20 septembre sa Journée nationale du cheval.
Un professeur et deux chevaux de Patagonie
Aimé Félix Tschiffely naît à Berne en 1895. Instituteur, il part enseigner en Angleterre, où il se découvre aussi footballeur et boxeur. Il s’installe ensuite à Buenos Aires et enseigne au St. George’s College de Quilmes. Pendant ses vacances, il parcourt la pampa à cheval et se lie avec des éleveurs.
Il est convaincu de la robustesse du cheval criollo. Il contacte Emilio Solanet, éleveur et l’un des fondateurs de l’association argentine des éleveurs de criollos. Solanet lui offre deux chevaux qu’il avait achetés au cacique tehuelche Liempichún, dans le Chubut. Ils ont grandi en Patagonie, dans des conditions rudes, et ont un caractère peu commode : plusieurs dresseurs s’y sont essayés. Le gaucho Reynaldo Rodríguez, pisteur et connaisseur de chevaux, s’est chargé de les choisir et de les ramener.
- Mancha, « tache » en espagnol, a une robe pie rosée.
- Gato, « chat », porte la robe que les Argentins appellent gateado.
D’après Wikipédia en anglais, ces chevaux descendent de ceux que le conquistador Pedro de Mendoza amena en Argentine en 1535, puis qui retournèrent à l’état sauvage dans la pampa.
Le départ, sous les moqueries
Tschiffely a 30 ans. Un journal de l’époque titre, d’après Wikipédia en anglais : « Impossible ! Absurde ! Cet homme doit être fou ! » Le départ a lieu fin avril 1925 depuis le siège de la Société rurale argentine, à Buenos Aires. Wikipédia en espagnol donne le 23 avril comme date prévue et le 24 comme date réelle.
Sur de longs tronçons, il n’existe aucune route. Quand il y en a, elles sont mauvaises. Tschiffely renonce à emporter une tente, trop lourde pour l’époque.
Les Andes et le record d’altitude
Le trio traverse plusieurs fois la cordillère des Andes. C’est là que les difficultés sont les plus grandes : le terrain dépasse 5 500 m et la température descend à moins 18 degrés. Wikipédia en espagnol indique qu’ils atteignent 5 900 m au col El Cóndor, entre Potosí et Challapata, en Bolivie, et parle d’un record mondial d’altitude et de distance.
Le voyage compte 504 étapes, pour une moyenne de 46,2 km par jour. Le quotidien argentin La Nación suit l’aventure.
L’arrivée en septembre 1928
Les sources ne s’accordent pas sur le terminus. Wikipédia en anglais parle de Washington, où Tschiffely rencontre le président Calvin Coolidge. Wikipédia en espagnol situe l’arrivée à New York le 20 septembre 1928, trois ans et 149 jours après le départ. C’est cette date que l’Argentine a retenue pour sa Journée nationale du cheval.
Mancha et Gato reviennent à Buenos Aires le 20 décembre 1928. Leur réputation de résistance, d’intelligence et d’endurance, déjà attachée aux criollos, en sort renforcée.
Une retraite à la pampa
Les deux chevaux passent la fin de leur vie à l’estancia El Cardal, soignés par Juan Dindart. Wikipédia en espagnol raconte qu’un jour, Tschiffely revient les voir. Il descend à l’entrée du domaine et siffle : Mancha et Gato arrivent au trot. Ils ne l’avaient pas oublié.
Ils meurent en 1944 et en 1947. Naturalisés, ils sont exposés au musée des Transports du complexe muséographique Enrique Udaondo, à Luján. Tschiffely, lui, repart en 1937 en voiture vers le sud du continent et raconte dans This Way Southward ses retrouvailles émues avec ses deux chevaux. Il meurt en 1954. En 1998, ses cendres sont transférées près d’Ayacucho, sur les terres de son ami Solanet, près de ses deux chevaux.
Le livre
Tschiffely raconte son voyage dans Tschiffely’s Ride, paru en 1933, puis le raconte une seconde fois du point de vue de ses chevaux dans The Tale of Two Horses. Le premier livre fait de lui un nom connu aux États-Unis dans les années 1930. Le poète Will H. Ogilvie, son ami, cite Gato et Mancha dans son poème Saddles Again.
D’autres chevaux ont accompli des exploits hors norme : vérifie-les dans notre vrai ou faux sur les records de chevaux. Pour un autre survivant célèbre, lis l’histoire de Comanche, le cheval de Little Bighorn, ou celle de Warrior, le cheval de la Grande Guerre.
Sources : Wikipédia en espagnol, « Gato y Mancha » · Wikipédia en anglais, « Aimé Félix Tschiffely ». Citation traduite de l’anglais.